Accueil » Nouvelles » Attitude mentale positive » Le changement d’heure

Le changement d’heure

30 Oct 2018.

J’ai toujours aimé le changement d’heure de l’automne!

Il me donne l’impression que la journée est plus longue. Je regarde ma montre et quand je pense qu’il doit être approximativement midi, et bien non il est seulement onze heures!

Mais que vais-je faire de cette heure supplémentaire?

Faire du lavage de plus, lire plus, marcher plus ou relaxer plus? Dany Laferrière me rappelle à l’ordre dans le chapitre «Éloge de la lenteur» dans son livre «L’art presque perdu de ne rien faire»[1] !

«On remarque qu’une société est en danger quand ses vieux accélèrent le rythme au lieu de ralentir. On se demande où ils vont tous si vite. Je vois les gens courir dans les allées de ce magasin, chacun piétinant l’autre pour trouver la bonne aubaine, ensuite pour passer à la caisse, alors que de longues heures les attendent encore avant que ne s’achève cette journée.

Cette impatience se manifeste même dans les avions. À peine l’atterrissage terminé, ils se tiennent dans les allées, comme s’il était possible de quitter l’avion avant l’ouverture des portes. On sent cette frénésie jusque chez les passagers du fond qui savent pourtant qu’ils ne pourront pas sortir avant tous ceux, nombreux, qui les précèdent. L’impression qu’on vient d’annoncer une bombe dans l’avion. Ils imposent ce rythme un peu partout dans la vie. Même au café où la moindre hésitation de votre part entre un café court et un café allongé fait fuir le serveur qui ne reviendra pas avant d’avoir servi tous les autres clients du café. (...)

On semble ignorer, et l’âge n’est pas important pour goûter un pareil plaisir, ce luxe de s’asseoir sur son balcon pour regarder, à travers les branches d’un grand arbre feuillu, le spectacle de la rue en mouvement. Personne ne semble intéressé à regarder parfois passer les choses. Cette alternance entre les fonctions d’acteur et de spectateur donnait un sens au grouillement humain. Sinon, dans quelques temps, on ne pourra plus faire de différence entre l’agitation humaine et celle d’une colonie de fourmis. Si on bouge sans cesse, il n’y a plus de mouvement. Le mouvement n’existe que dans la possibilité d’un arrêt. L’immobilité est au cœur du mouvement. Mais qui organise cette course folle? Et pour aller où? Chacun fait ce qu’il veut de sa vie, mais ma vie, que je le veuille ou non, n’échappe pas au rythme collectif. (...)

Le mot d’ordre : ralentir. Ce qui est merveilleux, c’est qu’en ralentissant, on parvient enfin à mieux apprécier le paysage, et à s’intéresser à autre chose qu’à nous-mêmes. Jusqu’à se faire avaler par le grand spectacle du monde avec les arbres, les gens, les sentiments, tout ce qui vibre en ce moment autour de nous. Mais pour mesurer une pareille ardeur, il faut ralentir. (...)

Il reste cette scène qui traîne dans ma mémoire encore éblouie: celle d’une grand-mère et de son petit-fils figés dans l’éternel été de l’enfance. Nous ne faisions rien de mal cet après-midi-là. (...) J’observais les fourmis tandis que ma grand-mère me regardait. Je me sentais protégé par son doux  sourire. (...) Et c’est cela à mon avis le seul sens à donner à sa vie: trouver son bonheur sans augmenter la douleur du monde.»

Alors durant cette heure apparemment supplémentaire que nous aurons en ce début de novembre, je vous souhaite et je me souhaite, des moments de tranquillité et d’observation de la nature qui se dénude comme on se dépouille nous-mêmes des choses matérielles inutiles au fur et à mesure que la vie avance pour savourer les  nobles sentiments, la nature et les gens qui agrémentent notre quotidien.

 

Rédigé par Dominique Dufour, chiropraticienne, D.C.

 

[1] Laferrière, Dany. L’art presque perdu de ne rien faire Montréal : Les Éditions du Boréal, 2011, 392 p.